Moscou, on l’imaginait grise...

Moscou, on l’imaginait grise...

« Jamais je n’aurais pensé que Moscou ressemble à ça ! », c’est la phrase que j’entends le plus souvent quand je fais découvrir la ville à des Français. Et quand je leur demande ce qui les surprend le plus, ils répondent tous, en choeur : cette varitété et abondance de couleurs ! « Moscou, on l’imaginait grise », avouent-ils à l’unanimité. Et quand ils se retrouvent quelque part entre la rue Tchernigov et le couvent Sainte Marthe et Marie, au milieu d’églises baroques, de jolis pavillons en bois et anciens domaines aristocratiques jaune clair et rouge foncé,  dans une foule de Moscovites qui prennent des bières en terrasse, se prélassent au bord d’une fontaine et roulent en trotinette, une idée folle traverse, pour un instant, leur esprit : « Mais on peut tout à fait vivre à Moscou ! », s’exclament-ils joyeusement.

Moscou est probablement la ville qui correspond le moins à ses représentations habituelles. Pas de militaire qui vous regarde fixement à chaque coin de la rue, pas d’agent qui vous suit pas à pas et écoute vos conversations. « Moscou, on l’imaginait plus soviétique, me disent encore des Français. On ne pensait pas qu’elle possède un patrimoine aussi riche et ancien ». Et pourtant, c’est une ville qui peut servir de manuel détaillé et passionnant à tout un chacun qui veut se plonger dans l’histoire de la civilisation russe. Et oui, Moscou ne se limite pas au Kremlin, chacun des quartiers de son vieux centre a une multitude d’histoires à raconter et de lieux extraordinaires à découvrir.

Peu de gens savent que derrière l’hôtel Hilton, au croisement de deux autoroutes, dans un vieux quartier industriel, se cache un site culturel de première importance, qui, se serait-il trouvé en France, aurait accueilli tous les jours des centaines de touristes. Mais la Russie a toujours été faible en marketing, et le monastère de Kroutitsi – dont le nom signifie « celui qui se trouve sur le Mont ardu » – ne se visite que par une poignée d’initiés, qui, ébahis, découvrent son décor fantastique directement sorti des contes de Pouchkine. Le même sentiment de surprise et d’admiration saisit tout un chacun qui passe sous un arc de la rue Tverskaïa et découvre un chateau russe couvert de carreaux émaillés et sa jolie cour florentine à l’intérieur. L’ancienne hôtellerie Savva ne fait pas partie des circuits touristiques habituels, et pourtant, elle le mérite amplement, ne serait-ce que puisque c’est là qu’est né le cinéma russe. C’est à Moscou également que se trouve le chef d’oeuvre absolu de l’avant-garde, la maison Melnikov. Conçue par l’architecte dont le pavillon soviétique avait fait fureur à l’Exposition internationale des arts décoratifs à Paris en 1925, la maison figure aujourd’hui dans tous les manuels d’architecture et est visitée par les professionnels du monde entier. Cachée dans les petites rues de l’Arbat, la maison conquiert immédiatement par ses formes originales et harmonieuses, son authenticité et sa modernité. La Maison Melnikov, c’est une isba russe traditionnelle transformée en vaisseau spatial, une nouveauté absolue créée sur une base de traditions solides, un rêve sur l’espace construit sur un fondement médiéval.

« Mais pourquoi ne nous dit-on rien sur tout ça ? », s’exclament encore ces Français, en admirant le chateau gothique offert par le roi du textile russe à sa femme bien aimée vingt ans avant la Révolution, située à deux pas des Etangs des Patriarches. « Pourquoi ne nous dit-on pas que Moscou est une ville admirablement bien entretenue, incroyablement propre et parfaitement sûre ? Et d’ailleurs pourquoi ne trouve-t-on pas de tags dans votre métro ni de mégots sur vos trottoirs ? » Probablement parce que les préjugés ont la peau dure. Moscou – malgré tous ses atouts exceptionnels – reste une destination peu plebiscitée et suscite toujours plus d’appréhension que d’intérêt. Seuls les plus curieux et les plus ouverts osent refaire le voyage d’Alexandre Dumas et de Théophile Gautier et venir voir par eux-mêmes si Saint Basile est aussi époustouflante qu’on le raconte. Autant en profiter aujourd’hui avant le boom touristique de demain.

Inna Doulkina, guide francophone à Moscou.

Découverte de quartiers historiques, visites thématiques, conférences sur l’histoire de la communauté française en Russie. Contact : inna.doulkina@gmail.com

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